PUBLIC : replacer l'humain au cœur des réseaux

À l’occasion du lancement de https://love.public.cat/, je voulais revenir sur la présentation faite à l’Open Source Summit 2017 à Paris, dont voici le transcript. La vidéo est disponible sur notre PeerTube :

Transcript

Contrairement à ce que peut laisser penser cette manifestation, l’« open-source » entre guillemets n’est pas une affaire de gros sous : quatre projets sur cinq sont gérés par une seule personne, ce qui nous rend relativement fragiles.

J’aimerais vous parler – pour ceux qui étaient là aux RMLL, j’ai fait un peu ça – voila j’aimerais vous faire une citation d’un livre dont je donnerai pas la référence parce que la dernière fois ça s’est mal passé…

« En 1791 la loi Le Chapelier proscrit toute association professionnelle, le code civil affranchit l’individu mais surtout, suivant l’expression de monsieur Morin, au régime de la liberté des accords, de la liberté contractuelle proclamée par le code, succèdent en fait celui de la dictature des patrons ou des compagnies puissantes imposant un règlement à une multitude plus faible. »

C’est cité dans « Le sens des transformations contemporaines du droit », Revue de Métaphysique, 1927, page 256.

Je reviens à ma présentation. Donc ça vous avez eu le temps de lire…

La Commission Européenne a lancé pour la première fois un appel européen qui permet au logiciel libre d’entrer dans les fonds européens. On monte un consortium qui s’appelle PUBLIC (Public Universal Base: Libre Infrastructure Consortium) – un acronyme récursif pour l’ambiance – et on crée des médias sociaux pour amplifier les réseaux sociaux avec des déploiements et des formations adaptés.

La différence entre médias sociaux et réseaux sociaux c’est que les réseaux sociaux c’est ce qui reste entre nous quand il n’y a plus d’électricité ; c’est ce qui se passe entre les humains. Les médias sociaux ce sont les outils utilisés par les réseaux sociaux, par les membres des réseaux sociaux, pour amplifier notre action. C’est un peu ce qu’on veut faire passer comme message à la Commission Européenne.

Notre ambition est de créer un lieu de rencontre pour fédérer les communautés du Libre – ça veut dire des communautés qui existent – pour échanger à partir de nos différences. C’est très important, parce que dans une société où on pense que « open-source » et logiciel libre, c’est la même chose alors que le Libre et l’« open-source » ont évolué depuis plusieurs années, c’est important de se rendre compte de nos différences et de se rencontrer sur nos différences et pas sur ce qui nous rapproche. C’est bien de dire : le Libre et l’« open-source », on est la même famille. Mais non, nous ne sommes pas dans le même : nous sommes dans des différences, il est important de réaliser ces différences.

Ce qui nous intéresse dans ce consortium, c’est de déployer des logiciels libres sur des réseaux vivants de gens qui travaillent dans le réel. L’un des aspects de l’appel auquel on répond qui est ICT-28, c’est les fake news : donc aux fake news, en général, on répond par de l’analyse algorithmique de texte. Nous, on répond par une validation épistémique des communautés elles-mêmes, comme ça a toujours été fait dans la science par exemple ce qui s’appelle peer review.

Il faut aussi se rendre compte qu’il y a différents systèmes à prendre en compte, différentes collectivités, différentes manières d’héberger et différentes communautés à servir. Il ya un mythe de l’Always On qui est très présent dans nos sociétés occidentales pour la simple et bonne raison que de plus en plus on est connecté partout. Mais c’est pas toujours le cas. Quand y’a pas de réseau, quand le réseau n’est plus disponible, ben ça marche plus. Le problème de ce mythe de l’Always On c’est que les développeurs font des logiciels qui comptent sur le réseau, du coup quand le réseau n’est plus là, ça plante.

Au Brésil il y a un réseau qui s’appelle Baobáxia qui connecte des communautés qui peuvent être réparties sur tout le territoire du Brésil, et donc qui n’ont pas nécessairement accès au réseau ou à l’électricité. Ils ont inventé un concept qui s’appelle eventually connected networks, les réseaux éventuellement connectés, qui prend en compte cette réalité. On est loin de par le monde d’avoir un réseau Internet qui fonctionne partout, on est très loin de ça. Donc même si en Europe on vend cette idée que l’Internet est partout, c’est important de réaliser que c’est pas vrai.

Différentes manières d’héberger : l’auto-hébergement, la fédération, le pair à pair.

L’auto-hébergement permet de favoriser la subsidiarité qui est un concept très important en Europe, dans le cadre des institutions européennes, qui vient d’un concept chrétien je vous invite à rechercher dessus. En gros ça veut dire que la prise de décisions pour un problème donné doit se faire au plus près de la communauté concernée. Donc c’est un concept politique très important qui renforce la démocratie. C’est quelque chose qui est assez fragile en ce moment.

Donc je reviens là pour mentionner quand même pour mentionner Contributopia, le projet de Framasoft auquel j’espère il y a beaucoup de gens de projets qui vont participer parce que je pense que c’est important de se fédérer autour de ça. Les médias sociaux fédérés – si évidemment ils utilisent du logiciel libre – peuvent rétablir la souveraineté technologique. La souveraineté technologique, c’est à dire le contrôle de la technique par les gens qui l’utilisent. Ce qui ne veut pas dire chacun doit devenir un geek : justement dans les libertés logicielles établies par Stallman et la Free Software Foundation, il y en a deux qui concernent les libertés collectives, et c’est sur ces libertés collectives qu’on veut insister parce que la liberté doit être une responsabilité, quelque chose qui concerne les compossibilités, pour parler comme Leibniz, de la réalité ; si la liberté des uns et des autres ne correspond pas à la réalité ça veut dire que quelque part c’est un concept qui n’a aucun intérêt.

Le peer-to-peer… Alors j’aime bien cette slide parce que quand on pense au peer-to-peer généralement on pense à Bittorrent, Copyright infringement, etc. Mais non, en fait il y a le droit de la correspondance qui protège depuis très longtemps nos messages, notre vie privée, la confidentialité de nos messages. Donc finalement les connexions de pair à pair de manière sécurisée c’est simplement une implémentation technique de la loi qui protège les correspondances et c’est comme ça qu’il faut le voir et pas comme c’est présenté généralement comme une espèce de piratage.

Parmi nos partenaires il y a Caliopen qui est un logiciel qui permet aux utilisateurs de se rendre compte de la confidentialité des messages qu’ils envoient ou qu’ils échangent en fonction des moyens qu’ils utilisent…

Excusez moi, parce que je suis un je suis un peu un accro de la typo(graphie) et je dois avouer que la transformation des PDF en Powerpoint détruit les fontes quand les fontes ne sont pas libres donc je vous invite à voir les vraies slides sur le site qui sera tout à l’heure à écran.

Un autre concept qui est présent dans l’ICT-28, c’est le concept de community mapping. Alors comme beaucoup de termes dans notre milieu, community mapping, si vous y réfléchissez deux secondes, ça veut pas dire grand chose. Ça peut vouloir dire, je vous laisse deviner. Maintenant on peut le comprendre comme, de manière très technique, comme la topographie des réseaux et comment on fait pour comprendre ce qu’il se passe sur l’Internet. Alors vous allez me dire qu’est ce que Ripe Atlas ou OONI Probe auront à voir avec les médias sociaux ? Eh ben c’est pareil : « médias sociaux », on peut essayer de le concevoir d’une autre manière que Facebook, Twitter et compagnie. Donc ce consortium et c’est d’élargir l’éventail des possibles pour intégrer des projets qui peuvent ne pas être compatibles entre eux, qui peuvent s’intéresser à des choses qui sont vraiment différentes les unes des autres, mais justement c’est par nos différences qu’on peut découvrir de nouvelles choses.

Ça peut être conçu aussi, _community mapping _, c’est à dire la « cartographie des communautés » en français, comme une cartographie sociale pour comprendre le territoire dans lequel on vit, ce qui est assez important quand même parce que, mine de rien, on est des humains, on mange, on vit dans un territoire physique et ce territoire physique, pour l’instant, il est envahi par les voitures, il est envahi par des lumières fortes, il est envahi par des sons… Quelle société on veut ? Quels territoires on veut ? Est-ce-qu’on doit les laisser à des entreprises dont l’intérêt est de miner nos données avec l’espoir que l’ordinateur saura nous donner des ordres pour être de meilleurs humains ou est-ce-qu’on peut être nous-mêmes de meilleurs humains en s’ouvrant aux autres, en s’ouvrant à la différence et en regardant un peu comment on peut nous organiser nous-mêmes autour de nos territoires ?

Alors au FOSDEM on va avoir – j’ai proposé à la Decentralized Room une intervention, c’est pas sûr que ce soit pris, mais de toute manière il y aura un événement parce que je vis à bruxelles, donc on va le faire – où je vais parler un peu plus précisément de comment en tant que projets libres vous pouvez participer à ce consortium pour essayer de grappiller un peu d’argent de l’Europe pour booster votre projet. Donc ça c’est ce qui sera abordé. Pour l’instant sur public-infrastruture.eu il n’y a pas grand chose mais ce sera l’URL que nous utiliserons pour le consortium. (ndE: voir plutôt https://federated.public.cat)

Donc pour rappel : nous créons des médias sociaux pour amplifier les réseaux sociaux avec des déploiements et des formations adaptées.

Évidemment nous n’avons pas de temps pour des questions mais je serai là encore quelques temps donc si vous voulez en discuter, je suis l’écoute. Voilà, j’ai un 0:00 qui me dit que la prochaine personne doit intervenir, je vais donc laisser le micro…

Petites Singularités est une association sans but lucratif (ASBL en Belge, ce qui correspond à Loi 1901 en France), qui existe depuis un an et on a travaillé avec beaucoup de partenaires à bruxelles et ailleurs. Voilà ce qu’on fait c’est sur la slide, je ne le répète pas.

Merci beaucoup !

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