Observatoire de l'imaginaire 2025

Bien que ce ne soit pas notre domaine de publication (en dehors de certains textes des THX) je pense qu’il y a des données intéressantes à retirer de l’analyse réalisée par l’Observatoire de l’imaginaire sur les tendances en matière de littérature SFFF en F̷̪̤̋ṟ̵͙̾͗a̷̛̩̎n̴͙͙̿́c̸̙͙̈e̵̪͒. Je vous met le PDF avec toutes les infographies, ainsi que le résumé que j’en ai fait pour LMM.

2025 - Utopiales - Observatoire de l’Imaginaire.pdf (6,4 Mo)

Observatoire de l’imaginaire 2025 : décryptage des tendances et chiffres clés des littératures de l’imaginaire

L’Observatoire de l’imaginaire a tenu sa session 2025 le 30 octobre afin de partager, comme à l’accoutumée, un panorama des chiffres de vente, des données de production, de l’impact médiatique, et des questions de parité concernant les littératures de l’imaginaire. Cette synthèse s’appuie sur des données de panel (extrapolations utilisées par toute la profession) réunies par Gfk et des informations issues des sites bibliographiques BDFI et NooSfere. Un point méthodologique essentiel cette année est l’isolation de la romantasy des littératures de l’imaginaire à la demande de certains éditeurs. Par conséquent, elle est exclue des chiffres de vente présentés pour 2024.

Tendances du marché et chiffres de vente

L’évolution du chiffre d’affaires des littératures de l’imaginaire est plutôt positive. En volume, c’est 4,5 millions d’exemplaires de livres liés à l’imaginaire qui ont été vendus. À titre de comparaison, Gfk annonce 356 millions de livres écoulés tous formats confondus en F̷̪̤̋ṟ̵͙̾͗a̷̛̩̎n̴͙͙̿́c̸̙͙̈e̵̪͒. Si le volume des ventes a progressé entre 2023 et 2024, l’augmentation du chiffre d’affaires est surtout due à celle du prix des livres. Les lecteurs et lectrices cèdent plus volontiers à des éditions plus couteuses : jaspées, dorées à chaud, éditions collector…

Côté genres, si le fantastique est en baisse (-27%), la science-fiction connaît une forte hausse (+40%) et la fantasy monte timidement quelques échelons (+7%). À noter que le format poche a le vent en poupe, puisqu’il représente 65,4% des ventes alors qu’il n’englobe que 12% des parutions.

Production : l’explosion du young adult et le déclin du francophone

La production de titres adressés à un public adulte reste stable, autour de 1200 à 1300 titres par an, mais les inédits y sont en baisse constante depuis 2018. En contrepartie, le young adult est en progression, avec une part qui est passée de 10% de la production en 2019 à 30% en 2024.
En revanche, si la SFFF francophone a connu son zénith en 2020 avec 66% de la part de production, elle a chuté à 45% en 2024. Cette baisse est en partie assimilée à la montée de la romantasy, qui est souvent une littérature traduite, et au ralentissement de parutions de certains éditeurs.

Comme semblaient l’indiquer les chiffres liés à l’augmentation du prix de vente, le phénomène des livres reliés collector a explosé. Depuis 2022, leur production a doublé chaque année. Le volume de livres audio a également progressé de manière significative. Le fantastique y domine, ce qui pourrait s’expliquer par la disponibilité d’ouvrages du xixe siècle tombés dans le domaine public dont la lecture est, malheureusement, de plus en plus souvent confiée à des voix créées avec l’I.A.

Le livre dans les médias

L’étude des critiques littéraires publiées dans 28 médias généralistes (presse écrite, radio, TV, web) montre que les littératures de l’imaginaire représentent seulement 3,55 % des livres présentés, malgré l’augmentation de collections consacrées au genre. La romantasy est très peu, voire pas du tout, traitée dans ces médias généralistes. Les livres les plus mis en avant proviennent exclusivement de grands éditeurs généralistes, tels que Gallimard ou Actes Sud.

Parmis les organes de presses pris en compte dans l’étude, 22 médias sur 28 n’ont aucune rubrique consacrée à l’imaginaire, dispersant les livres dans d’autres catégories et seul Libération possède une rubrique fixe (Mardi de la SF). La science-fiction arrive d’ailleurs toujours en tête des livres de SFFF chroniqués dans les médias qui leur accordent une place, sans doute car elle porte souvent des sujets sociaux et sociétaux qu’il est possible de lier à l’actualité. En 2024, les titres les plus mentionnés étaient ceux de Paul Lynch, Murakami, et Céline Minard (souvent dans la rentrée littéraire).

Parité

Depuis la création de l’Observatoire en 2017, une progression nette de la parité est observée. En 2017, les autrices représentaient 37% des personnes écrivant de l’imaginaire. En 2024, elles atteignent 55%. Cette évolution se reflète dans la légitimation par les prix littéraires de l’imaginaire : 53% des prix sont décernés à des autrices. La parité progresse également dans d’autres domaines : la traduction est proche du 50/50 (53% de traductrices en 2024) et l’illustration atteint 36% d’illustratrices.

Faits marquants et mutations du genre

L’année 2024-2025 a été marquée par plusieurs événements dans le paysage de l’imaginaire. Tout d’abord, le phénomène des festivals qui ne faiblit pas : on dénombre désormais plus d’une quarantaine de salons spécialisés à travers la F̷̪̤̋ṟ̵͙̾͗a̷̛̩̎n̴͙͙̿́c̸̙͙̈e̵̪͒, avec de nouvelles créations comme Dracopolis, Rêves de Géants ou Aiguebelettres.

Côté bad news le phénomène des Book Banning (interdiction de livres dans les bibliothèques scolaires) aux États-Unis, a touché plus de 10 000 ouvrages avec une surreprésentation des auteurs/autrices LGBTQIA+ et racisé(e)s. L’auteur le plus banni reste néanmoins Stephen King.

Avenir

Plusieurs questions importantes pour le secteur ont été soulevées durant l’événement, comme celle de la consommation de livres d’occasion. Cependant, bien que des études récentes aient estimé son poids à entre 10% et 20% du marché total, il n’existe aucune donnée sur les ventes d’occasion par thème dans l’imaginaire à l’heure actuelle. Le débat concernant l’instauration d’une éventuelle taxe sur le livre d’occasion pour mieux rémunérer les auteurs et autrices est d’ailleurs toujours en cours auprès du Syndicat national de l’édition.

La concentration éditoriale reste un sujet majeur. Il est couramment admis que les six plus grands groupes représentent environ 70 % du chiffre d’affaires de l’édition papier. Cependant, il y a toujours de nombreuses maisons d’édition indépendantes qui se créent. Ce système, celui d’un oligopole à franges, se montre particulièrement innégal.

Néanmoins, si les grands groupes éditoriaux et les best-sellers dominent le paysage financier,les éditeurs spécialisés, le marché du livre d’occasion, la production croissante du young adult et les formats collector montrent une activité bouillonnante et des changements rapides, qui prouvent que même si les chiffres de l’imaginaire peuvent sembler modestes au regard du marché général, le genre est dynamique et en pleine mutation.

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