Lettre ouverte au Salon du Livre de Genève

JE SIGNE

La citation incriminée

« Il y a 80 ans nous étions traités de “sales Juifs”, il y a 40 ans de “sales sionistes”, et désormais de “génocidaires”. »

Ayant constaté la présence inopportune, sur l’un des murs de l’un des plus gros stands de la 40e édition du Salon du Livre de Genève, d’une citation mise en exergue qui associe, dans une apparente suite logique, de condamnables insultes racistes avec des positions politiques anticolonialistes et enfin des accusations documentées émanant de la Cour Internationale de Justice et des instances du droit international à l’encontre d’un État,

nous, maisons d’édition, libraires, etc. participant au Salon, réprouvons ces raccourcis idéologiques qui voudraient qu’une critique de la violence, de la guerre, de la haine, de l’agression d’un pays sur ses habitants et sur ses voisins, par des violations répétées des résolutions de l’ONU et en dépit du droit international et du respect des droits humains, soit le fait d’un racisme envers le peuple Juif ;

alors que le Moyen-Orient est en flammes, du fait d’hommes avides de pouvoir, de personnes activement recherchées pour des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, qui font systématiquement fi de toutes les conventions du droit international et de la moralité la plus commune entre tous les êtres humains ;

alors que les discours d’extrême-droite normalisent la violence faite sur des populations civiles de par le monde au nom de la défense d’idéologies meurtrières ou d’intérêts dits « économiques » ou « stratégiques », nous refusons le silence coupable et l’amalgame abusif qui rend notre parole antimilitariste et décoloniale responsable de la haine qui se déverse sur les habitats de nos semblables et réduit leurs écosystèmes – nos écosystèmes – à des champs de ruine.

Que cela soit en Russie ou en Ukraine, en Palestine ou au Liban, en Jordanie ou en Iran, dans le Golfe persique ou dans les Caraïbes, nous réprouvons unanimement l’usage des bombardements qui affectent avant tout la vie et les moyens de la soutenir. Aucune guerre n’est juste, aucune prophétie ne justifie ni la menace, ni le génocide, ni l’anéantissement d’un peuple, d’une culture, d’une terre, d’un sous-sol ou d’un océan. Ces pratiques ignobles de larguer des bombes ne servent qu’à propager la haine et la division au sein de la famille humaine.

Toutes les victimes de guerre, de génocide et de terrorisme sont des victimes de trop, des victimes du racisme et des victimes de la violence. Le sang des morts ne répond à aucune idéologie, à aucune propagande et se mélange, unique et commun, dans un océan de honte.

Cela commence toujours par le langage, ce langage que nous chérissons, le langage porté par les livres comme celui porté par les murs. Nous estimons que le livre doit être un instrument de la connaissance, du respect et de l’imagination. Son dévoiement pour des destinations de propagande visant à justifier la guerre, attiser la haine ou justifier la violence, à faire taire la critique d’un État par l’instrumentalisation d’un peuple et du génocide qu’il a subi, n’ont aucune place dans cette manifestation.


Vous pouvez signer la lettre ouverte ici :

https://framaforms.org/signer-la-lettre-ouverte-au-salon-du-livre-de-geneve-2026-1774011499

Vous pouvez la commenter là : https://ps.zoethical.org/t/lettre-ouverte-au-salon-du-livre-de-geneve/11712

Imprimer (A4) : lettre-ouverte-au-salon-du-livre-2026.pdf (44.9 KB)


Signataires

Les premiers signataires sont les Éditions petites singularités, L’Œil d’Or, art&fiction, le sociologue Alain Navarra, l’auteur Paul Kawczak, l’artiste Alexandre Loye, les autrices Mélikah Abdelmoumen et Yara El-Ghadban, l’éditeur Lionel Jeannerat (PVH Éditions).

2026-03-22T23:00:00Z Le salon est terminé, mais les signatures continuent d’affluer. Plus de cent cette nuit. Nous les ajouterons dans les jours qui viennent.

2026-03-25T23:00:00Z Nous avons ajouté les signatures de ces derniers jours. Nous en sommes à près de 400. Vous pouvez suivre l’évolution de la lettre sur les Fées Diverses dans ce fil sur LIRE.IM.

Autres signataires

Anaïs Merckhoffer, natacha (petites singularités), David Sidibé, Patrick Senecal, Luca Palladino - KATA éditeur, Yves Chagnaud Éditions Apeiron, Thomas Dupont-Buist, Mehabti Kahina, Hamimis Marwa, Vajovic, Manuela Vanno, Léa, librairie Albatros, Pierre Prieto, Alexandre Dimitrijevic, Celine Masson, La librairie des affamé·es, Christine KAUFMANN, Michèle Courvoisier, Claude Darbellay (musicien), Khoury Maya, Isabelle Exhenry Cuany, Marc, Christian Viredaz (traducteur), Emeline Cusin, Hafid Ouardiri, Maëva (visiteuse), Nemat Mardam Bey, Jacob Berger, Quentin Mouron, Omar Azzabi, Chadlia Balhi Keller, Ueli Leuenberger (ancien Conseiller national), Angelina, Salvatore Conte, Vincent Pellet (agent littéraire), Caroline Rosenberg, Cédric Schnyder, Christine Pirondini, Lorenzo Pirondini, Béatrice Graf, Eric Gobet, Sejla Besic, Arnaud Karim Huber (libraire), Librairie Fahrenheit 451, Violaine Duc, Julie Gobert, Gaspard Muehlemann, Dominique Tinguely (visiteur choqué lors de la visite du salon), Nicolas Bloch, Mary Wenker (présidente Choosehumanity), Tache Papier, Brigitte Pasche, Karl Grünberg, Arthur Besson, Guichard Fanny, Max Lobe, marine bass, Paulette éditrice, Irina Rampoldi Stastny, Jonathan Dumani (auteur Éditions La Veilleuse), Gilles Boss, Catherine Haus, Manuela Bailão, Sieber Moe, Fatima, Jean Luc Kolb, Elisabeth Barbey, Gabriel Ben der (sociologue écrivain), Danny, Kraehenbuhl Claire, Neige, Maxime Laurent, Nadine Bulayi, Weber Jean-Jacques, Erbrich Anne-Catherine, Adam, Librairie Delphica, Steev Lemercier, Jack Machillot, Rodney Saint-Éloi, Caroline riedo, Christian Denisart, Alex Baladi, Bruno Mercier (poète), Hayet Moussa, Nour Brandt, Roger Deneys, Denis Maurer, Katja Vanini De Carlo, Manuel Perrenoud, Engel, Schüttel Antoine, Alvina Garcia, Francisco Gonzalez, EFL, Simon Fischer, Judith Bass, Guy Poget, Guillaume Pidancet, Dominique Malatesta, Clément Etter, Pascal Mabut, Flore Blancpain, Florian (*éditionsMagiCité.), Véronique Vercheval, Véronique Pittori, Louis Genoud, Carron Camille, M.Val, Bouhouhou, Huda Kitmitto, César Jaquier, Bach Véronique, D. Bucher, Hatoun Mardam-Bey, Viviane Dousse Sassi, Blaise Ndala (écrivain et juriste), Benjamin Knobil, Collectit pour la Défense des Droits Humains (CDDH) Genève, Fissier Marie, Aldo Ortelli, Noémie Chatelanat, Alain Bovard, Julie Jeannet, Anderfuhren, Elisabeth Decrey, Citoyenne, Frédéric Choffat, Franziska D., Hamma Aly, Anne Berguerand (Lausanne), Francis Gerber, Didier Gertsch, Luis Blanco, Moulai Aldjia, Sonia Slama, Fil Houria, Moula, Sébastien Bertrand, Fil Sonia, gaelle, Nathalie Wenger Iorga, Shady Ammane, Kappeler, Tomé Duarte, Charlotte Ensaigne, I. Sdouga, Linda, Imran Kotügormez, Berchiatti Jessica, Bahgou, Salvaj, Juan Diego FIGUEROA ORTIZ, Stengele, Noémie Vilaplana, Sahra Mohamed, Ilias, Milo Minniti, Sayeh, Apolline, Olivier Maggioni, Perrion Natanaëlle, Gent, Badia Chalel, Dominique Thomas, LC, O Ponti, Philippe Maniscalco, Kenza Tiguemounine, Mathilde Weibel, Maeva, Valeria Tulbu, Damien Baron, Tiziano Ruppen, Sabrina Ruppen, Dominique Ziegler, Christine Bonvin, Muriel Décaillet, Sophia Wolf, Danielle Schneeberger, Barbanneau Laurent, Hattie Saxon, Stehle, Moos Dorothée (visiteuse du salon), Camille Cantone, Ismaël Karam, Alicia Rudaz, La Baconnière, José Miguel Figueroa Ortiz, Amira Hammad, Lemaître, Mélanie Gonin, Axel de Pinho, Conchita Poscia, Collectif Nous Serons Le Feu, Jennifer Parel, Alaa M., H Mokrani, Audrey Bovet-Rieben, Robin Adet, Noémi Schaub, Camille Hardy, Alexandre Zenie, Schick Barbara, Jamila Sam, Olivier fillieule, Anne P., Anis Mansouri, Pauline O, Carole, Jane Flück (libraire), Virginie Lamien, Christine, Lise, Magaly, Alain MAGNENAT, Duruer, Melle LL, Lopes, lucie kohler, Muriel Mérat, Teo Frei (étudiant en histoire et secrétaire politique (solidaritéS)), Claire Marie candale, Anais Bou, Yves Scheller, Emilie Alberto, Baud Manuela, Edita Perez, Shaymaa, Sow, Alexandre Bugnon, Jandus Julia Lghazaoui Yasser, Chantal Viollaz, Auriane, Ana, Guerin Caroline, Bilal elhaouari, BENGOUNI FADMA, Sébastien Boillat, Simon, Silvana, Maria Perez, Brigitte Corthay, Yasmina tamboura, Andy, Julia Ray, Laura M, Martin Gallard, Inés Ben Nasr Maceira, Doua, Elisa, Noémie Daunas, Jean Faravel, Lucie, Baouya Nassira, Belhadj, Mia Chamcham, Hélène Léveillé, Malika, Brigitte Studer, Guillaume Scheller, Yasmina S., Valérie Frison, Olivier Frison, Anthony Colas, Vinto Trèzdouz, Nawel Ben, MJ Alonso, Huda Yassin, Stéphanie, Lucas Macel, RAHMA Leila, Lutfija Adhurim, Julien Poadey, Al-Hussein Yassin, Lamia Dersi, Raga Naseem HAMMAD, Boubkeur Derguini, Hamouche Madani, Kamila, Elma Pérez, Annick Timmermans, Kizaza Joséphine, Ratib, Lagier Céline, Carine Claudet, Caroline M, Line, Natacha Pouly, Thomeczek, Noria, Vanderstraete isa, Yomaëll Falquet, Nur, Limann, Anne Chollet, Mellah yasmina, M. Alaa, Iba, IBA, Dominique Gros, Monnier, Bastien semenzato, Léo Bo, Huriye Demircan, Martin Boekhoudt, Lovato, Marlyse Rossier Forter, Estelle Sánchez-Pointet, Testori Ariane, Vincent zeder, Michel Borzykowski, Desarzens, Mireille Sonuta, Sonia Starkey, Youka, Schurmans, Agez, A, Julien Tsongas, Marjorie Horta, Anne Pitteloud, Sabine Zaalene, Lucile Carré, Arles magali, Allison Huetz, Massi, Mathieu Loewer, Aurélia Portmann, Touzani Mina, Jamal Al-Amine, Olivier Chapuis, Martinuzzi Marina, Florence VR, Sabine Dormond, Medini, Stéphane Bovon, Yousra Amalou, fukabo, Virginie Genton, I, Imane Abul Magd, Susan Ray, José Torres, Yves Cerf (musicien), Philippe Longchamp (sociologue, professeur HES), Zoé Nati Londori, Joe-Alexy Yagchi, Martial Gottraux, Christine Azconegui Suter, Yves Magat, Nait-liman Abdennacer, Francine Guisan Brandl, Marilyne Ozelley, Emmanuelle Alifar, Marie Sandoz, Eric Maugué, avocat, Martine jonet, La Rouen, Karoze, Hayette, Jean-Pierre Stamm, Lou M. Canaan, Laurent Beausoleil, Nathan Finkelstein, Yoan Ducommun, Inès Themido, Cora Beausoleil, Pierandré Boo, Greta Gratos, Marianne Gazut, Dominique, Christine Beausoleil, Jean-Do Lormand, Eric AMATO, Véronique Millot, Daniel R., Feyrouz Ounaies, Drilona Shehu, CEP UNIGE

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Merci à ceux qui ont eu le courage de faire ce courrier, c’est d’une violence inouï d’entendre de tels propos, et de telle citation alors que Israël continu ses massacres en ce moment même.

Les passages des auteurs étaient encore pire, qui osent dire que la nouvelle génération est encore pleine revanche de la colonisation, ou bien que le burkini est sexiste ou encore que les musulmans sont islamistes … sans définitions de terme et sans rapport avec le stand qui était censé promouvoir la paix…quel paradoxe. Un stand de propagande pur et dur.

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La lettre repose sur une distinction formellement correcte : critiquer un État n’est pas la même chose qu’insulter un peuple. Soit. Mais cette distinction, posée comme évidence, fait l’économie d’une question qui s’impose pourtant : dans les faits, cette frontière est-elle aussi nette que la lettre le suppose ?
La citation exposée sur le stand dit quelque chose de précis : que le mot “génocidaire” fonctionne aujourd’hui comme le faisaient “sale Juif” ou “sale sioniste” , c’est-à-dire comme un projectile dirigé contre des personnes juives, pas seulement comme une qualification juridique dirigée contre un État. C’est une expérience vécue, documentée, que la lettre ne mentionne pas une seule fois. Ce silence n’est pas anodin.

Ce qui manque à cette lettre, c’est la reconnaissance que les deux problèmes coexistent : oui, la critique d’Israël peut être légitime ; oui, le mot “génocidaire” est aussi utilisé comme vecteur d’antisémitisme. Les traiter comme mutuellement exclusifs n’est pas une position intellectuellement honnête . Le résultat concret de cette lettre est simple : elle mobilise une centaine de signataires pour défendre le droit de critiquer un État, sans consacrer une ligne à ceux qui subissent l’amalgame qu’elle prétend pourtant distinguer. Peut-on sérieusement défendre la précision du langage ( les signataires y tiennent, ils le disent explicitement ) tout en ignorant que ce même mot atterrit, tous les jours, sur des personnes juives qui n’ont rien à voir avec ce qui se passe à Gaza ?

Merci pour cette contribution @Caroleh. Voici un point de vue intéressant, quoique inutilement agressif et, à mon sens, partisane :

Votre interprétation me semble abusive car si nous faisons bien la différence entre antisémitisme (« de condamnables insultes racistes ») et antisionisme (« des positions politiques anticolonialistes ») notre propos n’est pas de dénoncer le fait de l’antisémitisme, mais le fait de l’instrumentalisation de ce crime pour déjouer toute critique de l’État.

Si effectivement, comme vous le mentionnez :

Je veux vous rassurer, car notre position est claire : l’antisémitisme est un crime, est une forme de racisme, et comme toute forme de racisme, nous le considérons comme inacceptable. Nous sommes évidemment d’accord avec ce que vous avancez. Nous pensons que cet amalgame entre antisémitisme et antisionisme, en refusant cette « exclusion » qui vous pose problème et que je qualifierais plutôt de distinction, nourrit en effet des réactions haineuses qui se trompent de cible : car si les dérives de l’État d’Israël étaient reconnues pour ce qu’elles sont, sans doute l’amalgame qui est fait de part et d’autre (c’est-à-dire : de la part des sionistes et de la part des antisémites) entre « le peuple Juif » et « l’État Juif » — ou, en termes antisionistes : qui se réclame du peuple Juif — permettrait à la fois d’adresser l’antisémitisme en tant que racisme et que cette lettre dénonce et le racisme d’État établi par Israël sous forme d’apartheid, d’occupation illégale et de bombardements (tous trois également documentés).

Je ne peux que déplorer que des personnes s’attaquent aux Juifs, y compris pour des crimes commis par Israël, que des Juifs de la diaspora soient taxés de « génocidiaires » est encore plus violent du fait de l’histoire de l’antisémitisme européen depuis le Moyen-âge, des pogroms, de la paranoïa complotiste à l’encontre des Juifs, du génocide commis parmi les Nazis et tous leurs complices européens sur les Juifs. Et je déplore aussi que des personnes refusent de s’attaquer aux crimes commis par Netanyahu et sa bande, notamment parce que les complices des Nazis de naguère dans le génocide des Juifs sont aujourd’hui complices d’Israël dans le génocide des Palestiniens et les antisémites de tous bords se réjouissent à la fois du génocide des Palestiniens et de la perspective « prophétique » de la conversion finale du peuple Juif au Christianisme, comme une personne de l’un des stands catholiques est venu nous annoncer à notre stand.

Cette situation est complexe et la lettre ouverte n’a pas pour vocation d’ouvrir cette boîte de Pandore, seulement de faire un premier pas : la distinction de l’antisémitisme et de l’antisionisme, dans une période ou la propagande de guerre gagne du terrain et trouble les esprits. D’ailleurs, la CICAD ne s’y est pas trompée en commentant dans un article du journal suisse 24heures signé Rachad Armanios :

Le secrétaire général de la Cicad, Johanne Gurfinkiel, dénonce quant à lui « un ènième pamphlet diffamatoire » qui ne repose « sur aucune démonstration ».

Cette mauvaise foi évidente de la part du secrétaire général de la Cicad confirme de manière limpide ce que nous dénonçons dans notre lettre. D’ailleurs l’emploi du mot « diffamatoire » me semble tout-à-fait instrumental.