Gaza est seule, isolée par les murs et le silence des bombes des humiliations des pleurs et des cris des gargouillis d’estomacs vides des larmes salées rares qui s’écrasent sur des joues émaciées brûlées par le soleil estival des vacanciærs au loin, trop loin, étouffés par le caquètement incessant de ceux qui savent et qui bavent péremptoires sur leurs cravates bleu clair aux mailles étudiées pour refléter le regard morne d’un projecteur d’une caméra face au sourire béant d’un couple de présentataires émotionnellement absenz.
Gaza pourtant est en nous touz, à chaque battement de cœur, assenant sa présence depuis bien plus longtemps qu’un certain sept octobre. Même si la propagande parvient encore à porter ce flambeau aveuglant de la légitime défense, nous qui sommes si loin de la poussière, si loin des gravats, si loin du rugissement des hélicoptères, du cliquetis des armes automatiques, de la résonance plastique des bidons vides et secs, nous savons prendre du recul : nous ne faisons que ça. Et que sentons-nous là ?
Nous savons que Gaza, seule au monde, ignorée car trop horrible, n’est qu’une parmi cent autres ignorées et horribles, le quotidien d’un mo(n)de épris du mépris de soi et d’autrui. Nous détournons le regard de Gaza mais nous voyons bien les détritus qui nous entourent, l’omniprésence des éclats d’obus de verre de plastique de pesticides de propagande de mensonge et de haine qui nous collent à la peau traversent nos pores s’infiltrent dans nos gorges étouffées étouffées et nos poumons sans vie sans voix laissés aphones nos mains exsangues incapables de serrer un corps pourtant encore, un peu, pour un temps, vivant.
Et je lis ces poètes immenses Anna, Rûmi, Rim, Mahmoud, Tchicaya, innombrables et rares, Sappho, Ondine, Voltairine, Louise, Arthur parfois, René bien sûr qui seulz savent encore me conférer l’humidité nécessaire pour pleurer déglutir avaler se lécher les babines et donner de la voix encore de la voix toujours pour lutter dénoncer propager mais aussi mais surtout de la voix pour couvrir l’agaçant caquètement implacable des mortifères incapables et de leurs discours insensés postillonnant suicidaires. À ceux-là je ne dis plus rien, ils n’auront pas mon oreille, je sais que la boue radioactive sort de leur bouche mâle encravatée – c’est pour mieux les y pendre mon enfant. Et ta cravate te servira de corde et tu te pendras seul, comme le très grand l’immense l’indomptable que tu es, toi qui par-dessus tout haïs. Et les martyrs ne s’arrêteront pas sur ta tombe sinon pour y pisser, sinon pour y cracher. Et encore, ce serait déjà t’accorder trop d’importance. Note quand même que toi, tu auras une tombe, contrairement à tous les corps, « Ceux qui ne sont rien. », que tu mets tant d’ingénierie à effacer.
Aux autres, à nous autres je dis : chut ! Écoutez…
Par delà les affronts le chant la danse la caresse le sourire avec la bouche ouverte soulignée par le brillant des yeux, ça pouffe ça chahute ça rigole. Malgré la faim, malgré la fin, malgré l’affront. Nous qui vivons vivrons. Au-delà de Gaza, partout. Car Gaza n’est que le bout atroce de la lorgnette de notre reflet de blanc de colon de maître de seigneur saigneur assassin suicidaire. Notre reflet à nous. L’indifférence ? Elle ne m’appartient pas. La souffrance ? La mort l’effacera. La vie reprendra ses droits lorsque la guerre finira. La guerre finira lorsque le droit reviendra dans son œuf d’où il n’aurait jamais dû sortir. Anésidora reprend forme et saisit la cheville d’Athéna qu’elle trébuche sur la violence qu’elle appelle de ses vœux, sortie qu’elle est du crâne de son colérique de père.
Nous autres, vivants, c’est-à-dire dotés de la capacité de partager le bien et de rire, de danser et de chanter hors de l’horreur de ton cauchemar habité, nous autres n’avons aucun besoin de toi. À présent nous te tournons le dos, que tu ne manqueras pas de percer de ton glaive, mais tu t’épuiseras bien vite à vouloir nous forcer. Car si nous sommes acculæs à tes murs à Gaza, aplatis sous tes bombes et tes bulldozers, nous sommes en train de prendre le pas, le pas de côté, le rythme qui t’échappe, la joie qui déchire le voile evanescent déjà de ton pouvoir qui se délite, de Gaza à Goma sur tous les continents où des peuples des langues des cultures ont subi ta rage d’uniformiser le monde à ton image funeste et débile partout donc où tu as posé le pied ou la bombe ta queue ou des tombes partout nous dansons nous chantons au plaisir de ta chute prochaine.
Nous n’oublierons jamais ta cruauté et saurons rappeler à ta blancheur combien le sang oxydé la brunit. Et s’il coule encore : que ce soit le tien. Retournez à la niche Cerbères, laissez passer nos morz qu’als reviennent hanter le blanc sourire carnassier lui faire face intrépides et qu’als marchent avec nous. Le cliquetis de leurs os marque le rythme trépide de nos pas chaloupés musicaux et joyeux. Notre nombre aura raison des vôtres et vous tomberez à genoux dévastés et vous pissant dessus tremblants devant l’indifférence que nous vous témoignerons alors, écroulant vos échafaudages de persécution et sans espérance vous vous éteindrez insignifiants dans la masse informe de vos décharges pharaoniques.