Et les étudiants?

Bon alors comment est-ce que cela se passe du côté des étudiants, là aussi il apparaît illusoire de faire comme si de rien n’était et de ne pas considérer les différences d’accès à l’information, aux infrastructures numériques, aux espaces permettant la concentration.
J’ai trouvé a cet égard le communiqué de l’université de Lorraine intéressant @Nemael

J’ai aussi trouvé cette resource intéressante à l’u Concordia MTL

Voici les mesures d’aide prises pour les étudiants :

2 285 000 euros supplémentaires pour renforcer les subsides sociaux accordés aux étudiants

LeGouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a décidé, àl’initiative de la Ministre de l’Enseignement supérieur Valérie Glatigny et du Ministre de l’Egalite des chances Frédéric Daerden, de consacrer 2 285 000 euros à des aides directes pour les étudiants se retrouvant dans des conditions difficiles à cause de la crise sanitaire actuelle. Ce montant viendra s’ajouter aux subsides sociaux déjà accordés. Des balises sont prévues afin d’assurer que ces aides seront exclusivement versées par les établissements d’enseignement supérieur aux étudiants impactés par les conséquences de la crise sanitaire actuelle.

communiqué complet ici

Monsieur le Directeur Académique, M. l’Inspecteur de circonscription,

Dans le cadre de l’enquête sur la déconnexion numérique de nos élèves, le pourcentage que je vous ai fourni était effectivement bien trop élevé : j’avais mal compris la consigne. Aussi, je me vois dans l’obligation de m’en excuser et de reformuler ma réponse.

La continuité pédagogique est une réussite absolue et ma grand-mère se remet doucement d’une petite grippe dans son château de Windsor. Je profite donc des fêtes pascales pour vous donner des nouvelles de notre belle école publique, et laïque.
Depuis le début du confinement, mes collègues et moi échangeons dans la joie sur Whatsapp, webmail, laposte net et autres applications délicieuses… Entre la création de vidéos Youtube pour la conjugaison, d’animations Tik Tok pour réviser la grammaire en rythme, de séquences de « langage en maternelle » sur Twitter et de splendides cahiers de vie joliment illustrés sur Instagram, nous nous réinventons au quotidien. La semaine prochaine, nous lançons les évaluations sur Facebook et les livrets scolaires seront ensuite imprimés grâce à « Docaposte » puis distribués par nos camarades postiers, tous volontaires bien sûr, puisqu’ils sont désormais les seuls « privilégiés » autorisés à faire du vélo.

Chaque semaine, nous organisons un conseil des maîtres en visio, que nous entamons invariablement par une chorale, comme il était préconisé dans la note de rentrée. Main sur le cœur, devant le portrait de notre vénéré ministre, nous chantons tous ensemble « Bella Ciao ». Comme nous sommes tous à longueur de journée sur Netflix, l’équipe entière a visionné toutes les saisons de La casa de papel ; il était temps que nous ayons enfin une culture commune.

Aujourd’hui, les trois cents élèves du groupe scolaire sont tous connectés, très assidus et progressent à grands pas. Ce qui nous porte à croire que nos efforts ne sont pas vains et notre fol enthousiasme nous laisse même envisager une remontée spectaculaire de notre belle « nation apprenante » au classement PISA, d’ici fin 2020.

Tous les parents ont accès à internet, en forfait illimité, possèdent autant de cartouches d’encre en réserve que de rouleaux de papier toilette, et au moins un écran par personne, y compris dans les familles où les parents télé-travaillent. Comme nous sommes en quartier « défavorisé » nous comptons tout de même un nombre important de chômeurs, ce qui réduit les besoins en numérique, il faut bien le reconnaître. En revanche, les allocations familiales ont permis aux familles bénéficiaires d’acquérir le matériel nécessaire à chaque enfant. In fine, cela n’aura pas coûté un pognon de dingue pour rien.

Pour mes élèves, dont j’assure également la continuité pédagogique à mi-temps (1), j’ai tout de même pris l’initiative de modifier légèrement les programmes scolaires, notamment en Histoire. En effet, l’étude de la Révolution française en cycle 3 ne me semble pas opportune actuellement, d’autant que le chapitre sur l’abolition des privilèges risquerait être mal interprété ou de semer quelques graines d’insurrection dans l’esprit de certains petits malins. Je profite donc de cet asservissement inespéré de la population pour leur inculquer enfin de bonnes bases.

Les contacts téléphoniques avec les familles sont tous très rassurants et surtout très efficaces depuis que nous avons tous reçu un téléphone de service :

Mme X a cessé de lancer des souliers sur ses enfants et elle sait maintenant qu’il faut cliquer sur le trombone pour ouvrir les pièces jointes.

M. Y nous écrit énormément, nous avons bon espoir qu’il ne réponde plus en écrivant son texte dans « l’objet » du mail, ce qui l’oblige à nous en envoyer un par phrase. Nous avons une marge de progression intéressante.

[Encadre] Mme Z est devenue absolument charmante et me supplie de rouvrir l’école au plus vite pour y renvoyer ses deux petits anges, en échange de quoi elle se propose de créer elle- même mon fan-club. Elle a juré qu’elle ne crierait plus jamais sur aucun enseignant, d’autant qu’elle a perdu l’usage de ses cordes vocales en essayant d’obtenir la concentration de ses fistons.

M. V est désormais convaincue que sa fille ne retiendra pas mieux les tables de multiplication en se prenant une taloche à chaque erreur. Nous lui avons assuré qu’elle ne redoublerait pas si elle ne connaissait pas le produit de 3 par 8. Aussi, sur nos conseils, il s’est mis à cuisiner pour travailler la proportionnalité et nous promet un festin pour notre grand retour.

Mme W vit seule et travaille de nuit à l’hôpital, ses enfants sont donc connectés sur FIFA pendant qu’elle est absente et se couchent quand elle rentre. L’avantage est qu’ils sont ainsi tous au même rythme. Quant à leur suivi scolaire, c’est en bonne voie depuis que leur maître s’est créé un avatar et joue en ligne avec eux : dès demain il envisage d’introduire subrepticement l’attribut du sujet et la division entre deux coups francs.

Notre petite K profite de ces moments de sérénité inattendue pour étudier la géopolitique de son « pays d’origine » dont elle ne savait rien, mais qu’elle s’apprêtait à découvrir avec sa maman, qui n’avait plus de papiers en règle. Cette parenthèse inespérée tombe à pic. Par chance, c’est un pays francophone où elle trouvera facilement du travail, puisque les orpailleurs y embauchent même les enfants de huit ans. En ce qui concerne la menace djihadiste, à côté du Coronavirus, c’est vraiment peanuts.

Quant aux enfants du foyer d’urgence, ou tous ceux qui bénéficient d’une manière ou d’une autre des structures socio-éducatives ou médico-sociales, nous hésitons encore sur l’importance que l’on doit leur accorder, puisque les éducateurs réquisitionnés à leur service ne sont pas considérés comme indispensables à la société. Le danger sanitaire semble bien plus grand que le danger qu’ils encourent par ailleurs. Il en est de même pour les femmes battues, puisque le nombre de féminicides ne saurait être comptabilisé dans le nombre de décès dûs au coronavirus. L’honneur de la France sera sauf.

Pendant que ma voisine promène son lapin en laisse et que mes bien-aimés collègues sont aux asperges, je tente de mettre à jour l’application « ONDE » (2) dont l’acronyme évoque le murmure d’une fontaine d’eau pure dans un jardin zen et dont la navigation est en soi une pure merveille « fen shui ». C’est donc dans cette ambiance bucolique que j’attends la résurrection du Christ, afin que sa Divine Bonté m’éclaire enfin sur l’identité de xoxo56, youyouzaza2000, choukettebanana, sopranodu77, ou tozlafouine, qui m’ont répondu « OK » ou « RAS » pour le volet 1 d’Affelnet 6ème de leur enfant.

Nous remercions le gouvernement pour la livraison des masques, en si grande quantité que nous avons pu distribuer l’excédent à ceux qui ont choisi de se déconfiner entre eux, avec leurs chiens, devant le hall de Monop’ ou sous les ponts.

J’ai tout de même une petite requête de rien du tout. Si quelqu’un pouvait faire taire les prisonniers de la maison d’arrêt locale, ce serait bien urbain… En effet, ils n’ont pas compris que la suspension des visites et parloirs était pour leur bien et se montrent dernièrement très bruyants, ce qui prouve bien leur totale irresponsabilité. Malheureusement, cette cacophonie altère ma concentration et je crains de fournir un pourcentage erroné d’élèves bénéficiant réellement de la continuité pédagogique. Le gouvernement actuel ayant prouvé sa grande efficacité dans la gestion de crise des dernières manifestations, je suis certaine qu’il saura trouver une solution adéquate pour résoudre ce souci mineur. Les protagonistes étant déjà enfermés, ce sera un jeu d’enfant.

Dans la perspective d’obtenir enfin un silence bien mérité, je m’engage à fournir à Monsieur Blanquer un pourcentage supérieur à 98 % et vous prie de croire en mon dévouement le plus absolu, tant que je ne serai pas en rupture de Xanax ou de Temesta, qui sont les mamelles de notre actuel engagement.

Bien respectueusement,

Une directrice d’école

(1) Hors Paris, les directeurs ne sont déchargés d’enseignement qu’à partir de 14 classes.

(2) Outil Numérique pour la Direction d’École

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Heureusement il nous reste nos étudiant(e)s.

Ils créent des Discord. Quand ils nous écrivent ils commencent presque tout le temps par nous demander de nos nouvelles. Ils sont épatant(e)s, touchant(e)s, émouvant(e)s. Du fond de leurs isolements qu’ils supportent avec une patience dont nous n’avons même pas idée, du fond de cette chambre de cité U où la plupart d’entre nous serions devenus dingues en quelques semaines à peine, le ventre souvent vide, ils continuent d’essayer de bosser avec les cours bricolés que nous parvenons encore à leur transmettre. Il en est même qui nous remercient. Qui nous remercient bordel. D’être là, d’essayer de faire cours, d’y arriver parfois, d’être simplement disponible, à l’écoute. Comme on peut. Vaille que vaille.

Ils et elles sont notre opération résilience. Ni délinquants. Ni déliquescents. Ni obséquieux. Ni obsolescents. Notre part manquante. Déterminante.

Et un horizon de retrouvailles. Vaille que vaille.

Et pratiquement:

Principes généraux

Des principes généraux peuvent être énoncés, par exemple :

  • « Toute difficulté sera appréciée au bénéfice des étudiant·e·s. »
  • « Le contrôle de l’assiduité est suspendu pendant les périodes d’enseignement à distance. »

Cependant, ces principes ne permettent pas de décider des mesures d’évaluation concrètes, et face au confinement, aucune solution n’est parfaite. n’aborde d’ailleurs même pas cette question. C’est pourquoi nous avons réalisé ce document qui rend compte de notre réflexion collégiale. Il a pour ambition d’identifier plusieurs modalités concrètes d’évaluation confinées et de discuter de leurs avantages et inconvénients.

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