De Goma à Gaza : extraire et exterminer

Nous envisageons de décrire et déjouer les rouages systémiques entre l’extractivisme et le génocide. L’extractivisme requiert l’exclusion, la négation de l’autre, le basculement hors de la dialectique vers un rapport de force pur et simple dont l’aboutissement logique, sinon la modalité première est le génocide. Quels sont les acteurs et les récurrences depuis l’extraction des minéraux à la destruction systématique — des personnes, des cultures, des habitats — qui relient le sort des peuples congolais et palestiniens dans le génocide ?

Animée par @how

Avec :

  • Jordi Mvitu
  • Nordine Saïdi
  • Alexandra Gavilano

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Voici quelques extraits à écouter…

C’était très dense, j’ai tâché de compacter les discours, corriger quelques « coquilles » et virer les « euh » et autres didascalies impromptues…

https://zoethical.org/share/rencontre-zoéthique/extraits/tr3/rencontre-zoéthique-tr3.m3u


Nordine: Chers sœurs, chers frères, chers camarades, le titre que l’on m’a proposé aujourd’hui : De Goma à Gaza : extraire et exterminer, n’est pas une formule choc. Il affirme la continuité politique et matérielle, mon geste d’ouverture est simple et décisif: nommer, nommer ce que l’on cherche à cacher, nommer la continuité de ce qui relie les mines boueuses à l’est du Congo et les immeubles en ruine à Gaza; nommer la même mécanique: on prend les terres on prend les vies, on prend la dignité, on appelle ça le progrès on appelle ça sécurité, dans la bouche des puissances occidentales, cela signifie extraire et exterminer.


Nordine: Nous sommes liés par le fer par le sang par des frontières tracées à Berlin en 1884 sans que nos ancêtres n’aient eu voix au chapitre.


Nordine:Comment l’extraction la gestion des ressources et l’administration des populations produisent des vies rendues vulnérables jusque dans leur droit à l’existence.


hk : Dès qu’on a unre action un peu trop concrète ou une parole un peu trop audible, le pouvoir se saisit des banques comme d’un autre instrument de domination.


hk : Trouver des invariants dans ces luttes pour pouvoir sortir des frontières de chaque lutte, que ce soit à Goma à Gaza ou à Quito ou ailleurs même si chaque lutte, chaque territoire a sa spécificité, nous concentrer sur les invariants entre les luttes pour trouver de nouvelles manières d’internationaliser les luttes, d’internationaliser le narratif que l’øn peut porter, s’inspirer des méthodes des uns des autres, assurer la continuité de ce dialogue.


Ale: Justement nous poursuivons la lutte juridique c’est une partie clef, même si nous savons que tout est limité que rien ne dure nous sommes conscients qu’il faut occuper ces espace, nous avons donc d’une part les luttes de chaque communauté qui agit dans le cadre légal de son propre pays et ceux de son continent, mais nous parlons aussi avec plusieurs avocats et nous proposons l’idée de systématiser l’action légale au travers des communautés internationalement en portant une action conjointe contre Glencore. Nous avons vu que Glencore a essuyé plus de 200 attaques juridiques, incluant celles de la RDC, et peu ont été victorieuses contre Glencore. Nous voulons donc retourner la situation, et dire : non, ce n’est pas parce que notre pays est instable qu’il y a de la corruption, ou que le contrôle juridique est faible, c’est plutôt Glencore qui utilise toujours la même technique pour tirer partie des situations locales.


hk : Être autrement au monde : nous ne sommes pas des brutes nous sommes des personnes qui aimons la vie et qui sommes intègres et cette intégrité beaucoup de personnes résistantes de part le monde la portent et malgré la situation nous restons campés sur cette position de promouvoir la vie.


Ale : La vision à long terme est de sortir Glencore des territoires et cela veut bien sûr dire sortir toutes les compagnies minières des territoires. Nous espérons connecter avec des communautés affectées par Glencore au travers du monde et envisager comment organiser un blocage sur le long terme internationalement afin que pour de vrai la valeur de Glencore chute en bourse.


Ale: Les Agences de crédit privées ont beaucoup de pouvoir, plus que ce que l’on peut imaginer, on ne sait pas à combien de millions le quantifier. Ces créditeurs ont leur fonds systématiquement basés sur les matières premières, on le voit avec Glencore en RDC mais on le voit aussi en Pérou, en Argentine, au Brésil et à beaucoup d’autres endroits, il y a certainement des créditeurs privés en Belgique. C’est la responsabilité de chacun de se mettre dans la documentation de ces créditeurs privés. J’entends qu’il y a ici des personnes qui connaissent les technologies, ce serait très utile de comprendre mieux la situation de connaître les données pour mettre en valeur des narratifs ou l’on touche les cœurs des personnes qui ne sont pas ici présentes mais nous soutiennent.


Ale, Erika:
– Si vous avez de bons contacts d’avocats pour le moment nous n’avons pas de base légale pour ce que nous voulons faire internationalement contre Glencore, nous sommes à la recherche de soutien qui nous aideraient à construire cette base pro bono.
– Nous nous confrontons à des transnationales et à des multinationales au pouvoir politique et économique gigantesque, il me semble que cette proposition pro bono est une reproduction de la dévalorisation du savoir au sein de nos propres environnements, il nous faut penser comment rendre soutenable notre action, nous romantisons l’action politique, les bonnes intentions, mais la lutte est longue, elle dure toute la vie, il nous faut penser à la durée, passer un message juste.
– Je suis d’accord il nous faut trouver des manières de nous financer, seulement nous n’avons pas d’argent, mais effectivement c’est de l’extractivisme vis à vis de nous-mêmes, c’est la cause du départ de beaucoup d’activistes qui ont le privilège de pouvoir partir.
– On a parlé beaucoup de l’accès au système bancaire et j’aimerais rediriger la conversation sur ces enjeux car on voit que dans la lutte, la première chose qui est coupé c’est l’accès au système bancaire et l’accès aux réseaux numériques.


Nordine:Derrière la question de la légitimité se cache le piège de l’inaction


Nordine:La zone du non-être n’est pas un accident elle est l’effet premier de la logique extractive.


JJL: Autant que les guerre la corruption tue l’avenir des peuples Africains et principalement dans mon pays, la RDC.


Nordine: L’extractivisme c’est un régime civilisé de violence, il transforme les montagnes, les rivières, les corps, en réserves la logique est simple: on prend la terre puis on prend la vie, l’extraction opère une extraction sociale.


Nordine: La hiérarchie internationale des vies est politique, pas technique.


Nordine: Regardons Gaza, la logique est la même que pour l’extractivisme, rendre les corps et les territoires inopérants inutiles négligeables, on ne les annule pas seulement en un instant, on organise leur anéantissement progressif et mécanisé. La violence prend la tenue courante d’une politique menée au nom de la sécurité et du droit, son effet c’est la réduction d’humains à des unités de dommage.


Nordine: L’antisemitisme est une haine raciale européenne, le sionisme est une idéologie politique d’occupation et de domination. Refuser le Sionisme ce n’est pas hair un peuple c’est refuser un système d’apartheid d’exclusion, et quand il y a lieu des politiques qui s’apparentent à l’extermination.
Le refus du Sionisme s’inscrit dans une politique anticoloniale la clarté terminologique est une nécessité politique, confondre antisionisme et antisémitisme c’est neutraliser la critique politique et réhabiliter l’impunité. Ce que nous défendons est une lecture à la fois antimilitariste et antiextractiviste de la situation palestinienne.


Nordine: Le génocide à Gaza n’est pas seulement une guerre territoriale, c’est une guerre pour les ressources, sous la mer de Gaza existent des gisements de gaz convoités par les compagnies israéliennes et européennes depuis des années, les accords avec l’Égypte, la construction de pipelines vers l’Europe tout s’inscrit dans la logique extractive du capitalisme, ce n’est pas un hasard si les frappes et l’occupation se concentrent sur les zones côtières, il s’agit de sécuriser l’accès aux ressources avant la reconstruction. De même le commerce de diamants les circuits financiers et les minerai issus d’Afrique financent directement ou indirectement les appareils militaires, ainsi se referment le cercle mortifère, les ressources africaines alimentent la machine génocidaire, protégée par les états impériaux.


Nordine: Faire du Palestinien une menace du Congolais un chaos, du noir un Danger, cette opération de déshumanisation est le carburant du capitalisme racial, ce n’est donc pas un hasard si le génocide Palestinien et la guerre permanente au Congo s’inscrivent dans la même économie mondiale, le capitalisme se maintient par le meurtre régulé de populations rendues invisibles.


Nordine: La balle qui tue un palestinien et le minerai qui tue un congolais appartiennent au même circuit économique, la même logique militaire extractiviste opère dans les mines du Kivu dans les forêts d’Amazonie, dans les territoires Mapuche, dans les camps de Rafah et jusque dans nos quartiers populaires.


Nordine: Il n’y a pas de décolonisation partielle, notre tache militante, intellectuelle artistique, sociale est de tisser ces liens de décolonisation.


Nordine: Le même empire les mêmes institutions les mêmes discours


Nordine: Il n’y a pas de justice pour la Palestine sans justice pour le Congo, il n’y a pas de décolonisation partielle, ces luttes portent un même horizon: souveraineté populaire, dignité et vie.


Ale: L’armement, car l’armement est là ou il y a le plus d’argent actuellement, sinon tout serait déjà rempli de panneaux solaires et trucs à vent car ils en ont déjà sorti suffisamment [de minerai]


Ale: Glencore n’est pas seulement un acteur extractiviste mais c’est aussi un créditeur privé important, le cas le plus flagrant est celui du Chad ou la plupart des crédits sont avec Glencore directement et sont directement reliés à l’exportation de matière première.


Ale: Bien sur nous savons bien si nous avons écouté le rapport de Francesca Albanese que le charbon extrait en Colombie et afrique du Sud allait encore l’été dernier vers Israêl. Mais Glencore est actif dans d’autres contextes, pour exemple le cuivre le Zinc le niclkel s’utilise dans les drones les systèmes de surveillance, les bombes. l’armement et les sytèmes de surveillance qui vont entrer actuelleement au Pérou où va être située l’usine d’armement la plus grande d’Amérique Latine, qui va recevoir le cuivre nickel cobalt etc… Et d’un autre côté mnous recevons au Pérou les attaques directes de l’armée israélienne, en 2022-23 lorsqu’il y a eu des mobilisations contre l’emprisonnement de Pedro Castillo il y a eu de grosses manifestaions paysannes à Lima et plusieurs personnes plus de 70 personnes fuurent assassinées un jeune adolescent a reú 39 balles, et nous avons vu que les balles utilisées venaient d’Israël, mais pas de l’Israël actuelle, de 74, depuis 74 presque tous les pays d’Amérique Latine ont reḉu des armes provenant d’Israël, et en plus de cela encore en 2024 la Colombie a acheté des armes israéliennes. Il faut être critique et voir qui signe ces contrats, même si c’est quelqu’un de gauche il faut le dénoncer. Les personnes qui luttes contre les mines sont tuées par des armes qui viennent d’0Israêl mais qui contiennent encore les armes provenant de ce même sol. Alors beaucoup disent pourquoi les latinos se sont-ils si peu prononcés [sur la question du génocide palestinien], pourquoi y avait-il aussi peu de bateaux, ceux qui étaient dans les bateaux n’étaient pas affectés dans leur propres corps par l’exploitation mais c’est parce que la lutte est dure elle ne s’arrête jamais et il n’y a pas de salaire. Il faut être antimilitariste à tous les niveaux, mais il faut aussi comprendre les chemins de l’argent et occuper tous les espaces, nous devons mobiliser les avocats pour qu’ils nous appuient dans ce contexte.


Nordine: Le droit a toujours été sélectif, il protège la propriété plus que la vie, il condamne le vol d’un téléphone, mais non le vol d’un continent.


Nordine: Quand on nous dit que la guerre est inévitable, nous répondons: la paix est une décision politique. À bas l’extractivisme qui produit des non êtres, à bas l’impunité qui fait des peuples des variables d’ajustement! Vive la solidarité décoloniale! Vive la lutte pour la dignité humaine. Vive la liberté, qui je le rappelle ne se donne pas mais se prend.


Ale: Le premier point au niveau du Congo, il y avait un cas de corruption dont nous avons entendu parler ou les fonds ont été pris au Congo, mais il y avait en même temps un cas en Suisse, il y avait 2 millions$ qui devaient être payés en plus 150 millions $ qui devaient être payés en plus, mais cet argent n’est jamais arrivé au Congo car il y a eu une discussion entre état ou l’on a dit, si l’état Congolais est corrompus il vaut mieux que nous (les Suisses )
gardions cet argent, beaucoup de ¡Suisses ne savent pas cela on parle de nombreux cas plus de 600 millions qui sont restés en Suisse, le conseil national n’en est pas mécontent.


JJL: Et sur le continent Africain on a tendance à tagger à cataloguer les corrompus alors que les corrupteurs viennent d’ailleurs c’est ce qui fait que dans notre collectif nous nous sommes appuyées sur une loi en F̷̪̤̋ṟ̵͙̾͗a̷̛̩̎n̴͙͙̿́c̸̙͙̈e̵̪͒, la loi 2021 qui parle de la restitution des fonds détournés sur le continent africain mais dont les auteurs ont des liens directs avec la F̷̪̤̋ṟ̵͙̾͗a̷̛̩̎n̴͙͙̿́c̸̙͙̈e̵̪͒ et ce qui fait que en Mars 2025 notre collectif a déposé plainte contre le clan Bolloré pour pouvoir faire en sorte que ce qui est détourné du continent Africain puisse à un moment être restitué au continent africain.


Nordine: Ça n’a pas de sens de lutter pour un climat abstrait, mais ça n’a du sens de lutter contre un système qui utilise depuis des centaines d’années et qui continue d’utiliser de la même manière le pouvoir pour extraire à travers la violence raciale.