La responsabilité des femmes dans les luttes n’a pas toujours été visible, mais aujourd’hui nous constatons qu’elles sont au cœur de l’organisation. Quelles luttes portent-elles et comment leur présence reconnue a-t-elle changé les modalités des luttes ?
Cette première table ronde est mise sous l’égide d’un rituel porté par Mama Avelina qui nous a touz engagae, mettant ainsi la rencontre sous le signe de la spiritualité appelant à notre héritage à la vie et à notre avenir.
La place de chacune a été magnifiquement mise en valeur dans ces tours de paroles qui rebondissaient entre chacune avec bienveillance, et nous y avons appris non seulement l’importance du rôle structurant des femmes partout dans le monde, mais aussi l’utilisation de leur image notamment par les ONG, et les réponses mises en oeuvre par les communautés et sur les territoires.
Ave : avant de commencer nous honorons la vie, j’aimerais donc commencer:
Aider nos esprits et réchauffer nos coeurs.
Mama Avelina dans nos communautés nous commençons toujours par honorer la vida, nous honorons l’eau nous allons passer une eau de fleur pour sentir la mémoire de nos frères et sœurs des plantes des minéraux
Nous faisons cela avant de commencer car si on parle de tout ce qui est vivant, on s’inspire de nos morts…
D’abord je présente la mémoire de nos communautés et de nos grands mères et grands pères. Dans nos communautés, lorsque nous nous présentons nous ne disons pas je m’appelle mais nous sommes car nous avons conscience de l’éphémère, et savons que à un moment il nous faudra laisser le je suis pour le nous sommes.
Pour nous l’autorité n’est pas seulement une figure qui dis quoi faire, mais aussi une figure qui apprend en faisant en communauté s’assied en assemblée, qui s’occupe des enfants en même temps que les grands mères, qui écoute et qui maintien la simplicité et l’humilité.
L’une de pistes pour soutenir nos luttes : se concentrer sur le soin et sur l’engagement que nous avons pour nos territoires… Ce sont nous les femmes qui soutenons la lutte.
Bien que nous défendions la loi, la loi est faite par les hommes, aussi cet espace de la justice a besoin de notre voix celle des femmes.
Au dela des universités où nous apprenons ce qu’est la loi, notre force vient de notre présence dans les communautés,
La force vient des territoires.
Je suis représentante de la CONAIE.
Maintenir les luttes depuis la spriritualité,
Nous avons conscience que la spiritualité est différente de la religion qui est une organisation d’oppression.
La spiritualité arrive lorsque nous commençons à entrer en relation de coeur Je viens d’une communauté qui a été conquise il y a 500 ans. On nous a forcé dans la croyance du père du fils et de l’esprit saint jusqu’au yopyup, mais nous avons bien compris que le père c’est l’état le fils l’académie et l’esprit saint la religion.. Nous n’en voulons pas.
Nous voulons comprendre que le féminin et le masculin sacrés se fusionnent en diversité et dans des instances qui les dépassent, et c’est justement cela la lutte. Nous luttons pour comprendre et honorer la diversité.
Merci beaucoup pour la parole, je suis justine Masika Bihamba, je viens de RDC de sa partie est. Je veux parler de la situation des femmes dans cette région. La femme qui n’est pas restée seulement victime mais qui s’est dit moi je suis debout. Je dois aller partout pour chercher la solution, puisque la femme elle est là pour la vie elle n’est pas là pour chercher le pouvoir et surtout pour redonner le sourire à cette population qui est meurtrie depuis plus de 30 ans. Lorsque l’on parle d’une femme de violence sexuelle on parle d’une femme qui souffre pendant 30 ans.
Alexandra Gavilano est coordinatrice de Resistencia Activa Ya !
Je suis représentante de groupes, il ya une responsabilité de construire des réseaux.
Si on regarde qu niveau de l’extractivisme, ce sont toujours les femmes qui sont les premières touchées car elles sont victimes dans leur corps et celui de leurs enfants de la pollution, je le sens la terre me parle mes grands-parents me parlent.
Erika Je représente le front national anti-minier, une articulation de paysannerie, de peuples afro, métis, d’organisations rurales et urbaines.
Unis pour se battre contre les minières transnationales. Pour elles tout l’appareil de l’état s’unit pour construire ces multinationales, nous aussi il nous nous unissons.
Que nos compagnons ne nous chargent pas plus car la lutte contre l’impérialisme est très dure, nous femmes ne devons pas porter un poids supplémentaire d’organisation, il nous faut partager le poids de l’organisation avec les hommes.
Nous avons un ennemi commun qui est l’impérialisme et l’extractivisme.
Mais pour cela il nous faut prendre position dans ces espaces afin que nous puissions agir dans ces espaces, il ne faut pas attendre que l’on nous donne la place mais il faut la prendre.
De tous les espaces ou nous sommes mobilisées dans le féminin sacré nous n’avons jamais demandé ces espaces, nous les avons pris.
En ce qui me concerne j’ai été reconnue il y a 9 ans à mes 40ans comme autorité spirituelle à la CONAIE alors que depuis des années des hommes assumaient ce rôle, cependant nous savons que les femmes ont 2 coeurs, c’est ce que disent les mythologies de nos territoires, ici le coeur qui regarde vers le haut vers le ciel et là l’autre coeur qui regarde vers la terre, c’est l’uterus.
Quelque chose de concret, l’an passé nous nous sommes rejoints pour organiser un espace universel de soin, parce que nous avons besoin de prendre soin, cette lutte nous casse,comment prendre soin pour pouvoir continuer à nous inspirons comment nous rencontrons nous pour pouvoir continuer à pleurer ensemble. Pour la première fois à la moitié du monde dans la montagne sacré qui s’apelle montagne de lumière, dans une communauté ancestrale, les portes des maisons et des familles se sont ouvertes aux personnes non binaires, aux personnes de l’étranger d’europe et du kusdistant, et ceci fut difficile.
Justine
Oui il y a des femmes qui sont debout et se battent pour les autres, je suis heureuse d’être avec mes soeurs de l’équteur et ma soeur du pérou.
Si nous sommes menacées aujourd’hui c’est à cause des minerais qui sont dans notre sous sol.
Ici on parle d’une femme violée toutes les quatre minutes.
Au RDC ce ne sont pas les voisins qui sont responsables du vol des minerais, mais les multinationales… Les femmes se disent, non, nous sommes des mamans, les mamans avec leurs deux coeurs se disent, nous n’allons restées les bras croisés…
Il y a les intérêts des multinationales, les intérêts des hommes forts, qui dépassent le pouvoir des femmes.
Ave : Moi si directement je veux prendre une position, et une position depuis la CONAIE, depuis tous nos territoires, les ONG fondations et toutes les organisations internationales freinent la luttent, elles folklorisent la lutte. Et ceci je ,le dis ici clairement car ceci nous en avons débattu sur nos territoires. D’où vient tout cet argent, que soutien-t-il et quel but poursuivent-ils. Nous luttons depuis des années et des années contre des entreprises et des multinationales, et +à chaque fois que nous menons une lutte sur nos terrritoire on nous demande de dialoguer, de nous calmer car tout est dans le dialogue, un dialogue au cours duqel nous n’avons jamais été entendues ni ne serons nous écoutées.
Nous n’appelons pas à nous lever de façon violente, mais oui à nous soulever et à soutenir la vie avec la vie. Les ONG et les fondations, en Equateur, la seule chose qu’elles ont fait c’est de nous utiliser, les ONG en Equateur, mais pas seulement, aussi au Pérou en Bolivie et ailleurs, mais je parle pour mon territoire. Les fondations les ONG arrivent. alors les camarades doivent s’habiller, certaines pourtant n’utilisent pas habituellement le vêtement traditionnel, mais il faut se mettre en scène, il faut afficher un visage de victime il faut aller à la capitale. Tout est ainsi, il faut remplir des papiers et des papiers nous ne voulons plus des papiers!
Justine
La pyramide est renversée, les ong et les agences…
Quand elles ont besoin d’informations elles veinnent nous voir, quand elles reçoivent des fiancements elles nous disent qu’on est pas capable de gérer cet argent…
70% de $100 investi dans l’aide aux victimes de violences sexuelles revient à l’organisation internationale… Nous recevons entre 10 et 20% pour utiliser sur le terrain. Par exemple, nous recevons $15000 par an et l’expert reçoit $15000 par mois !
Dans le contexte social, nous sommes dans la même ville, les travailleurs de ces associations ont la capacité d’aller sur le marché (salaires en dollars) mais pas nous… Les ONGs arrivent avec des dollars et font monter le prix de l’immobilier, nous ne pouvons plus, en tant que locales, payer les loyers ou les produits…
50 femmes victimes qui nous arrivent par jour… On est obligé de travailler avec ses ong…
En amazonie, quand les ong arrivent avec leurs visions… Pour l’anecdote, je suis allée réaliser une médiation et je découvre les logos des ong.
Une fois j’ai voyagé 10h00 en canot pour rejoindre une communauté éloignée et la première chose que j’ai vue à mon arrivée ce furent des logos d’une ONG à l’entrée, la barque portait le logo de l’ONG, la garde locale, certes bien équipée portait le logo de l’ONG. Ce sont des formes de néocolonialisme, jusque dans les territoires les plus éloignés,
Et une idée qui s’est imposée, les gens demandent toujours comment pouvons nous vous aider? Moi ça me fait rire car on devrait dire plutôt. Merci de nous aider ! Car nous sommes la garde sans armes, la garde de la diversité qui soutenons les poumons de la nature dans les différents espaces de la jungle et de la nature, qui continuons de protéger la mémoire des montagnes et des fleuves, nous sommes désarmés face à un système avec des balles, avec des techniques d’attaque de la population civile, ou tous les jours nous enterrons des voisines, des fils, des filles, des amours, des grands parents, et cette guerre est face à nous, chaque jour à chaque moment, comment soutenir cette lutte d’une manière ou vous ne nous aidez pas, mais ou vous aidez vous mêmes.
Voilà ça fait des années que nous en parlons mais nous y voici, comment faisons nous pour ne plus donner d’autorité à ce système? Comment nous rendons nous compte que ce système est en train de mourir et pourtant d’une manière ou d’une autre nous continuons à lui faire du bouche à bouche. Ce système est déjà à l’hopital et nous autres de façon inconsciente continuons à le renforcer depuis la lutte contre, anti système, anti capitaliste anti ceci ou cela, tout est anti; comment organisons nous un système qui va construire d’autres mémoires, et génère des a-systèmes qui se reproduisent et se nourrissent en autonomie car nos espaces loin de l’image du “petit pauvre” sont soutenables, il permettent la production de nourriture. Pourquoi sommes nous toujours en train de chercher à l’extérieur ce qui soutiendra la lutte? Il faut essayer de diriger notre regard ailleurs comprendre que peut-être nous sommes toujours en train de regarder en haut car on nous a dit que le pouvoir était là, nous regardons ce toit qui est déjà en train de tomber. Il nous faut sortir des systèmes existants, des systèmes électoraux et partisans, et surtout de cette mémoire qui nous a été implantées il y a des milliers d’années, ces idées messianiques, il nous faut comprendre que le sauveur ou la sauveuse habite dans notre cœur et que depuis ce lieu nous devons embrasser la vie en prenant nos responsabilités.