Rendez vous JEUDI à 17h pour parler du refinancement du secteur de la santé

@DDD

Dans la suite du premier RDV “De la dette et des dividendes” organisé fin avril, ce message pour vous inviter à un nouveau RDV en ligne jeudi de 17h à 19h pour parler cette fois-ci du refinancement du secteur de la santé. L’objectif est de se donner des outils pour comprendre ce qui nous arrive et intervenir dans une conversation souvent accaparée par des experts. Comment s’inviter dans les discussions cruciales autour des dimensions économiques et financières de la santé?

Déroulement de la réunion [total: 2h]:

  • Nous commencerons par une introduction sur les intentions de cette réunion, et sur le choix des outils (voir ci-dessous: Outils de conversation et de partage)
  • Faiza (Santé en Lutte) et Gilles (CADTM) partageront ensuite leur analyse de ce qu’il se passe depuis quelques années en termes de financement de la santé; et ce qui s’annonce.
  • Nous consacrerons la deuxième heure à un moment d’échange : comment se donner les moyens de trouver une/des prises sur ces enjeux?

Pour vous inscrire:

  • Je participerais à la rencontre audio Jeudi 28 à 17h00

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Outils de conversation et de partage:

  • Vous trouverez ci-dessous du matériel et des ressources pour alimenter la conversation, n’hésitez pas à partager vos idées, commentaires, questions, et références.
  • Nous enverrons le lien vers le salon de discussion (audio) aux personnes inscrites au plus tard jeudi fin de matinée.

Avec qui:

  • Pour la qualité des échanges, cette réunion regroupera au maximum 25 personnes .
  • Nous invitons en priorité des personnes engagées dans un collectif ou une association militante. Il nous semble en effet important d’outiller et d’avoir un tel échange d’abord avec les personnes impliquées, déjà engagées dans des luttes.
  • Si vous pensez à des personnes qui pourraient être intéressé.e.s, n’hésitez pas à leur proposer de nous rejoindre. Vu le nombre limité de participant.e.s que nous avons préféré envisager (25), merci de faire des envois individuels plutôt qu’à de grandes mailing lists.

Les plans de “sauvetage” et de “relance de l’économie” se chiffrent en centaines de milliards: il faut sauver la machine mise à l’arrêt par le confinement, quel qu’en soit le prix, nous dit-on. Cependant, même au coeur de l’événement que constitue la pandémie de COVID-19, les objectifs de santé publique sont loin d’être au centre des préocupation. Le refinancement de la sécurité sociale, de l’hôpital, et plus largement d’un système de santé qui soit accessible à tou.te.s sont des nécessités, portées en premier lieu par les professionnels de la santé (dans la multiplicité de leurs fonctions), mais pas seulement.

Alors que dans de multiples domaines on exprime le besoin de retrouver une prise sur les choses (technologie, économie, alimentation, santé, …), de revenir à des échelles qui nous permettent de garder le contrôle sur le cour des choses, la “relance” nous promet l’inverse: les multinationales et autres gros intérêts économiques, appuyés par les états, continuent leur course au gigantisme et à l’hyper-technologisation. Le domaine de la santé ne fait pas exception: plus la technologie s’invite dans les pratiques médicales, plus elle est coûteuse, plus elle s’éloigne de nous, plus elle devient objet de convoitise (de nouveaux marchés!) pour les multinationales et les investisseurs.

Dans le même temps, l’explosion en cours des dettes publiques (les états empruntent sur les marchés financiers les centaines de milliards nécessaires à la “relance”) annonce une continuité dans la violente réduction des services publics, en ce compris la santé. L’expérience des dix années passées (crise financière, sauvetages bancaires, politiques d’austérité) l’ont montré: le remboursement de cette dette continuera de faire partie des priorités des gouvernements. Cette perspective n’étant pas admissible, il nous faut déployer une autre histoire, d’autres options, d’autres voies, à partir des connaissances que nous avons et de nos endroits de lutte.

Nous vous convions à un moment de réflexion, avec Faiza de La Santé en Lutte et Gilles du CADTM, autour des questions suivantes (et possiblement d’autres):

  • De quels financement la santé (en tant que bien commun) a-t-elle besoin?
  • Quelle est la situation aujourd’hui: Pourquoi peut-on affirmer que la santé est sous-financée ? Le secteur de la santé est-il endetté? Quels asservissements cela provoque-t-il? Comment cela est-il arrivé?
  • Alors que la question du financement de la santé publique est prioritaire, le débat n’a pas lieu dans de bonnes conditions. L’annulation de la dette pourrait-elle être un terrain de conversation intéressant? Cette possibilité ouvrirait-elle des perspectives émancipatrices dans le domaine de la santé?
  • Dans quelles conditions ces annulations de dette et le refinancement de la santé pourraient-ils se faire, et comment est-ce que cette question est liée aux enjeux plus larges de la finance? Comment ne pas se laisser emprisonner dans un discours à la TINA (There is no alternative) qui nous expliquerait que si nous faisons cela, ‘tout’ s’écroule, et que nous y perdrons plus encore? A partir de quoi pouvons-nous (re)construire la santé publique?

Voici quelques éléments que nous avons partagés et qui pourraient venir nourrir ce débat:

SOMMAIRE DU TEXTE DE GILLES

Introduction
I. Pourquoi peut-on affirmer que la santé est sous-financée ?

  • Un nécessaire chiffrage de la réalité
  • Qui dit stagnation budgétaire dit coupe budgétaire
  • Des besoins de financements spécifiques de plus en plus prononcés
  • Des coupes budgétaires aux conséquences bien tangibles

II. Où est passé l’argent ?

  • Non, l’État belge n’est pas plus pauvre qu’hier, au contraire…

  • … mais il dépense des milliards chaque année qui ne servent en rien à sa population

  • Une dette qui n’a pas servi à la population et dont la légitimité n’est pourtant jamais débattue

  • La destruction de la sécurité sociale et des services de santé en trois étapes
    -Étape 1 : L’État se rend indispensable dans le financement de la sécurité sociale et des soins de santé

  • l’aide à l’emploi comme prétexte aux exonérations de cotisations sociales

  • le remplacement de la masse salariale par l’utilisation des avantages extralégaux (la voiture de société entre autres)

  • la 6ème réforme de l’état

  • la décision de ne plus accorder de dotation de l’état de façon automatique (avec responsabilisation des secteurs)
    -Étape 2 : D’abord le patronat, puis l’État renient leurs engagements et organisent le « déficit » de financement de la sécurité sociale
    -Étape 3 : Le privé prend place partout où cela est rentable

III. Comment la refinancer de manière juste et pérenne?

  • Dans l’immédiat pour faire face à la crise sanitaire et sociale
    investissement exceptionnel covid (financé par ponction des dividendes pharma?) ; création d’une cotisation sociale de crise auprès des entreprises où dividendes versés
  • De manière structurelle abolition de tous les mécanismes d’exemption de cotisations sociales et extension du taux de cotisation; rendre les caisses de sécu à la gestion des ayant droit (la population)
    aussi :questionnement par rapport au fait de qualifier les moyens de santé comme dépense et non comme production de la valeur économique;
    moyens de santé : soins de santé aussi bien de première ligne qu’hôpitaux que…; mais aussi industrie pharma mais aussi recherche (et asservissement de celle ci aux entreprises pharma)

Bonjour !

J’interviens tardivement dans la préparation de la prochaine rencontre. Désolé ! Je vous livre néanmoins quelques pistes qui, peut-être, pourraient être pertinentes pour la suite.

Je me suis lancé depuis 3 mois dans un travail d’écriture autour de la question de la réduction et de l’annulation des différentes formes de dette (location, crédit à la consommation, crédit aux entreprises, dettes publiques et finance). J’écris sur cette question avec comme perspective de proposer différents outils de lutte, théoriques et pratiques, sur la dette. Comme exemple concret d’actions à mener sur ces questions de dette, je pensais justement à l’idée d’annulation de la dette des hôpitaux.

Les idées de réduction et d’annulation des dettes me paraissent intéressantes, notamment parce qu’elles permettent d’opérer un déplacement dans la manière d’aborder les questions économiques et financières. En règle générale, les luttes sociales revendiquent des augmentations : augmentations des salaires, augmentations du financement des budgets de la sécurité sociale, augmentations des fonds alloués à la protection de l’environnement, etc. Les luttes portant sur les dettes visent, à l’inverse, des réductions : réductions des loyers, réductions des intérêts à payer, etc. Ce type de luttes vise une diminution du poids des différentes formes de dette pesant sur les individus, les entreprises et les organismes publics. Ces deux perspectives ne s’opposent évidemment pas. Elles sont complémentaires. Réduire une dette, quelle qu’elle soit, procure automatiquement autant de moyens financiers supplémentaires, qui ne sont plus consacrés à un remboursement. Les réductions et annulations des dettes ne règlent évidemment pas tout mais les enjeux financiers qui y sont liés sont en général très importants. Des « mesures d’économie » portant sur les dettes permettent ainsi de libérer des sommes bien plus importantes que ce qui pourrait être obtenu grâce à des seuls refinancements. Ce qui n’empêche évidemment pas de revendiquer par ailleurs des moyens financiers supplémentaires. Je songe par exemple aux revendications de réduction des loyers portées par différentes associations et collectifs, qui soulageraient le budget de bon nombre de gens. Ce type de mesures serait autrement plus efficace que les aides financières d’urgence données à ceux et celles qui sont les plus durement frappés par la crise, comme aux États-Unis avec les chèques estampillées Donald Trump.

Il en va de même des dettes des hôpitaux. Celles-ci constituent une charge considérable dans leur budget. Avec la crise du Coronavirus, ces dettes vont s’accroître dans des proportions vertigineuses. Aux premiers jours de la crise, Maggie De Block avait annoncé qu’elle « avançait » un milliard d’euros aux hôpitaux pour lutter contre la pandémie. Cela signifie donc que, pour le gouvernement belge, les hôpitaux devront rembourser cet argent, d’une manière ou d’une autre. Ces dettes contraignent les hôpitaux à être toujours plus « rentables » et à réduire en conséquence leurs dépenses : réduction des emplois, diminution du nombre de lits, conclusion de partenariats public-privée, etc. Pour honorer le service de leurs dettes, les hôpitaux en arrivent à adopter des méthodes de gestion dignes de start-ups. D’une manière générale, la dette est en effet l’un des principaux instruments pour imposer les principes du néolibéralisme, que ce soient dans la santé ou dans les autres champs de la société.

Réduire, voire annuler les dettes des hôpitaux, en particulier celles consécutives à la crise du Coronavirus, me paraît une mesure de bon sens, compréhensible par tout un chacun. La réduction et l’annulation des dettes hôpitaux procuraient autant de moyens financiers pour augmenter les salaires des soignants et améliorer la qualité des soins. La revendication a également le mérite de la simplicité : juste quelques lignes à rayer dans des bilans comptables. Concrètement, la dette des hôpitaux devrait être, selon moi, intégralement reprise par l’État. Annuler la dette des hôpitaux serait un premier moyen pour soustraire la santé des jeux du marché. En France, la réduction de la dette des hôpitaux est d’ailleurs l’une des seules mesures que le personnel soignant en lutte a approuvé dans ses discussions avec le gouvernement sur l’avenir des hôpitaux.

Tout ça pour vous proposer comme axe de travail pour une prochaine rencontre, celle à venir ou plus tard, d’approfondir cette idée d’annulation de la dette des hôpitaux comme moyen de refinancer les soins de santé. Je n’ai pas encore eu l’occasion de creuser beaucoup la problématique en ce qui concerne les hôpitaux mais je suppute qu’il y aurait 1001 arguments à faire valoir en ce sens. Ce travail collectif pourrait prendre de nombreuses formes. Il pourrait passer, par exemple, par la poursuite de recherches sur le financement des hôpitaux et de leurs dettes, un questionnement collectif sur les moyens de faire valoir cette idée d’annulation des dettes des hôpitaux, des rencontres avec le personnel soignant, l’élaboration de cahier de revendications ou encore de beaux slogans. Si l’envie est là, cela pourrait également prendre la forme d’actions concrètes de solidarité avec le personnel soignant devant les hôpitaux. Pour ma part, j’imaginais un rassemblement où l’on brûlerait les dettes des hôpitaux. Ou encore organiser un audit symbolique de la dette des hôpitaux avec des experts comptables, en costume, qui concluraient à la nécessité d’une annulation des dettes. Il y aurait bien des actions possibles à entreprendre, y compris passant par internet.

Quand vous voulez pour en parler…

A tout bientôt en tout cas.

Alexis

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